mai 30th, 2012

Miss Négresse France

Cet article a été écrit pour Captcha Magazine et publié le 29/05/12


Être dans l’actualité, c’est pour les faibles. C’est pour ça que je vais parler du concours Miss Black France avec un mois de retard. Il a eu lieu le 28 avril à la salle Wagram (Paris).

Au delà de ma volonté d’être en décalage par rapport aux autres blogs qui vous donnent des réactions à vif, et dans les temps (so cliché!), cela me permet de recueillir et d’écouter les arguments de chacun avant de tous les traiter de gros cons.

J’annonce la couleur : je suis métisse, ce qui, pour une grande majorité de la population française revient à dire que je suis Noire. Non, pardon, que je suis Black. Je crois qu’on peut avoir un avis sur la question quelle que soit sa couleur de peau. Mais je parlerai ici en tant que moi, en tant que métisse, Noire, Marron, Black, Négresse.

Je crois que ce concours est une maladresse, un coup marketing à côté de ses pompes, de la provoc’ bébête et mal conduite. Une aberration.

Voilà comment les organisateurs, les membres du jury et les participantes justifient la création de ce concours:
Ce concours dénonce la sous-représentation des femmes Noires dans les médias de masse, dans les concours de beauté et dans la société en général..
Je suis la première à râler contre ces problèmes de sous-représentation des femmes Noires dans la société occidentale et tout particulièrement en France. Je ne critiquerai pas le fait qu’une démarche ait été entreprise dans le but de faire évoluer cette situation déplorable. Mais quand je vois le manque d’intelligence des réactions, je critique quand même. Si le but était d’en rajouter une couche, c’est réussi.

Le concours Miss France, comme tout autre concours de beauté, est un concours qui ne cherche pas à valoriser la singularité, la diversité ou l’originalité, mais qui au contraire, va récompenser la personne qui est la plus conforme à une certaine idée pré-établie de la beauté. La Miss n’est pas celle qui a du chien, de la personnalité, des épaules et des trucs à dire, mais celle qui ressemble à toutes les connasses dont on voit la gueule dès qu’on met une autre chaîne que National Geographic. Le concours Miss France est un concours qui dit à toutes les personnes qui le regardent “la beauté a moins de 24 ans et mesure plus d’1,68m pour moins de 55kg”.

Partant de ce principe de “concours “ (“c’est toi la plus lisse, la plus conforme, celle qui dépasse le moins du moule conçu dans les années 1980. Bravo, tes parents peuvent être fiers!”), on devrait déjà s’estimer heureux qu’il y a eu trois métisses et une arabe (de prénom du moins) à avoir été nommées Miss France. Alors oui, je sais, ces gagnantes étaient loin d’incarner un cliché de négritude, elles étaient ce que le français ordinairement raciste peut accepter de plus exotique, elles avaient toutes des noms « bien de chez nous », les cheveux (ou les extensions) biens raides, un juste dose de lait pour faire passer le noir du café de François Dupont.

Alors, on prend un concours déjà réducteur et uniformisant, et on rajoute un critère d’ethnie à tout ça pour dire aux premiers que ce qu’ils font c’est pas bien? Oui, parce qu’on a bien Miss Black France. Le critère principal n’est pas d’avoir telle ou telle nationalité, d’être de telle ou telle origine, mais bien d’être Noire. Enfin non, d’être Black. Noire, ça voudrait dire qu’on vient toutes d’Afrique, qu’on porte des boubous et qu’on parle le wolof. Black, ça veut dire qu’on est américaines, qu’on a des belles extensions et qu’on épouse des présidents des Etats-Unis. Le Noir vit et travaille dans la clandestinité à Chateau Rouge, alors que le Black a ses papiers et a fait ses études à Harvard. Donc Miss Black France. On revendique plus de visibilité tout en acceptant que l’adjectif Noir soit devenu un gros mot. (Je ne me suis pas encore arraché tous les cheveux).

Voilà donc le jury (formé, entre autres, de  Kareen Guiock, de Mokobé, Enora Malagré, Vincent McDoom et Passi) qui regarde défiler les négresses en robe du soir et maillot de bain et va décréter laquelle est la plus jolie des négresses. Ce serait faire preuve d’une mauvaise foi sans nom que de nier la beauté de la gagnante du concours et de ses dauphines. (Bon, moi, j’ai tendance à penser que quand t’as 20 ans, à part lèpre, lupus ou mine anti-personnelle, tu es belle, de toute façon). Mais quels sont les critères de choix du jury? La beauté, l’élégance? L’allure? La minceur? Bla bla bla? Je ne pense pas qu’ils aient pris un nuancier pour déterminer la quelle était la plus Noire et donc la plus conforme à l’intitulé du concours. Je ne pense pas non plus qu’ils leur aient demandé de faire des danses de zoulous ou de reproduire des folklores massaï. D’après ce que j’en ai vu, c’était plutôt “laquelle, parmi toutes ces négresses, imite le mieux les blanches qu’elles regardent à la télé depuis qu’elles sont bambines?”.

Elle est féroce la protestation! Quel pavé dans la mare! ( On me dit dans l’oreillette qu’en même temps un pavé dans la mare n’a jamais servi à autre chose qu’à peut-être assommer un poisson… ) Quel bouleversement hégémonique, quelle prise de position progressiste! Ce qui aurait pu être fait (aurait dû être fait), était d’inviter toutes les femmes que l’on trouve jolies ou élégantes ou bonnes ou baisables, et les faire concourir, indépendemment du taux de mélanine dans leur épiderme.
Ce qui aurait été malin, aurait été de dire que, puisque le concours Miss France est plutôt raciste et uniformisant, il fallait faire concours de beauté ouvert à toutes les recalées du casting, à toutes les sous représentées. Vous avez déjà vu une Miss France d’origine Asiatique? Pourquoi? Parce qu’il n’y en a pas en France? Parce qu’elles ne sont pas jolies? Pourquoi avoir cantonné ce concours aux “Blacks” et ne pas avoir invité les maghrébines, les arabes, les chinoises, les japonaises, les roumaines, les malgaches, les mongoliennes et les brésiliennes et les cubaines…? Et pourquoi, aussi, ne pas y intégrer une ou deux grosses, de toutes origines? Ou des femmes magnifiques et quadragénaires ( en trois lettres : J-Lo ), rappeler que l’on est pas obligé d’être lisse, de cheveux et de caractère pour plaire ou être tolérée. Dénoncer le miroir déformant et complexant que nous tend la fenêtre à merde quand elle fait défiler pour nous les beautés qu’elle valide, qu’elle accepte, qu’elle valorise, ne devrait pas passer par l’utilisation d’un miroir d’autant plus discriminant.


Et puis moi, j’en ai marre qu’on m’explique qu’on “aime les femmes noires” qu’on les trouve belles, qu’on trouve qu’elle sont plus sexy que les blanches. Je ne ressemble pas plus à Beyoncé qu’à Scarlett Johansson. La beauté est plurielle, même avec un taux de mélanine en commun. Qu’est ce que ça veut dire “beauté noire”? Ca veut dire belle malgré des grosses lèvres et un gros nez? Ca veut dire cambrure? Ca veut dire longues jambes? Ca veut dire tout un tas de clichés spécifiques à une couleur de peau?

Pour être belle il faut être blanche. Si tu n’as pas cette chance, et que, pauvre de toi, tu es Noire, voilà à quoi tu dois ressembler pour être quand même jolie et conforme à ce qu’attendent tous les connards qui trouvent les femmes noires très belles (By the way, et à bon entendeur, le prochain mec qui me drague avec cette approche de “je kiffe les meufs exotiques” se prend la bière que j’aurais préalablement pris soin de lui faire payer, sur la gueule. Et je ne bois que des pintes. Vous êtes prévenus).

L’observatrice politique Hela Khamarou défend le concours en ces propos : “Miss Black France est une élection qui, de l’extérieur, peut paraître banale, mais qui peut aussi – selon moi – changer les perceptions, modifier notre vision de la société, gribouiller en dehors des lignes d’un dessin préalablement établi depuis des décennies, et faire exploser en morceaux des stéréotypes qui ne devraient pourtant plus exister dans notre société actuelle”. Selon moi, le concours Miss Black France peut effectivement changer les perceptions en envoyant aux personnes pas très futées et un peu raciste le message “on s’en sort très bien en restant entre nous, ne faites pas l’effort de nous accepter” et aux personnes victimes du racisme ou de toute forme d’exclusion “restons entre opprimés, les asiates ensemble, les pédés ensemble et les nègres ensemble. La mixité est un échec cessons de nous imposer, cessons de lutter intelligemment”. Patrick Lozès, fondateur et ancien directeur du Cran, dénonce également le repli communautariste que constitue ce concours : “Il faut tout faire pour que ces personnes se reconnaissent en tant que Français, non pas en tant que Noirs dans la société française. On ne peut pas commencer par des concours ethniques pour évoluer vers des concours nationaux. C’est une grave erreur de stratégie.”

Hela Khamarou conclut son article ainsi “Un événement qui cherche encore sa légitimité auprès des médias. Et pourtant, on prend le pari que d’ici quelques années, il sera rentré dans les moeurs.”

Moi je veux pas que ça rentre dans les moeurs. Je ne veux pas qu’il entre dans les moeurs qu’on ne peut exister qu’en restant “entre nous”. Je ne veux pas que, comme aux Etats-Unis (oui, pays qui a élu un président Noir, c’est magnifique, bla bla bla), on puisse regarder des séries de Noirs avec que des gens Noirs dedans, et des séries avec que des Chinois ou des Albanais ou des Iraniens. Je veux une société métisse et une télé qui la montre, telle qu’elle est, métisse, multicolore. Je veux des couleurs qui se mélangent, pas des patchworks. Je veux une salade, un melting pot, pas 10 assiettes différentes, une par ingrédient.

Bien sûr qu’il faut protester contre le racisme, contre un sytème médiatique qui depuis longtemps et encore aujourd’hui ne montre ses minorités visibles que pour accentuer des préconceptions et en véhiculer des nouvelles. Bien sûr qu’il faut leur dire, à toutes ses connasses, que le beauté peut avoir la peau noire ou les yeux bridés, ou les cheveux crépus ou une taille 44 ou un nom imprononçable ou tout ça à la fois. Bien sûr, bien sûr, bien sûr!!! Je ne suis ni activiste, ni géniale, je ne connais pas la solution, la formule magique qui rendrait tout racisme obsolète. Mais je pense qu’on peut faire mieux.
Dans le Huffington-post France, Carole Bienaimé-Besse résume en une phrase ce que je viens de pondre un article à vous dire. Alors je le cite : “Militer pour plus d’égalité, de visibilité, lutter contre le racisme, la stigmatisation, décoloniser les imaginaires qui mènent au racisme ordinaire, briser le plafond de verre, tout cela est primordial; mais faire un coup marketing, en tordant le cou aux valeurs républicaines, en enfermant les gens, les femmes qui plus est, dans une image cliché, et en utilisant les mêmes codes et terminologie que ceux que l’on dénonce, est pour le moins étonnant et contreproductif. “

Si vous souhaitez qu’on arrête de vous définir et de vous discriminer sur la simple base de votre couleur de peau, arrêtez d’en faire autant! On limite les dégâts. Merci.

Signé : Une semi-négresse troisième dauphine miss tropiques 2004.

mai 19th, 2012
mai 18th, 2012

L’amour est une métaphore pourrie #1

Tu vois, tu me fais penser à ces grands restaurants qui foutent des produits ménagers sur les restes pour être sûrs que les clodos viennent pas les récupérer. 

C’est exactement ce que t’as fait avec nous. Il y avait que des bonnes choses, mais t’as foutu de la javel partout et tu as rendu l’appétissant nauséabond et le le délicieux infecte. Et maintenant, le boeuf de Kobé a le goût de l’eau de la piscine. 

  

mai 14th, 2012

Cette conversation n’aura jamais lieu #11 

- Qu’est ce que tu cherches?

- Qu’est ce que… je cherche…?

- Oui, qu’est ce que tu cherches? Tu m’as payé des coups toute la soirée, tu m’as écoutée déblatérer sur mon travail et t’as fait semblant de t’intéresser au nombre de frères et soeurs que j’ai. Je t’ai proposé un verre chez moi, j’ai mis de la soul et tamisé la lumière. Il est évident qu’on va baiser. C’est la suite qui m’intéresse.

- Qu’est ce que tu veux savoir?

- Ce que tu cherches.

- Sois plus précise.

- T’as une copine?

- Non.

- Tu sais, on va baiser de toute façon, tu peux le dire si t’en as une.

- J’en n’ai pas.

- T’es du genre à rester dormir ou à partir tout de suite après?

- Je sais pas si j’ai un genre, mais j’habite à l’autre bout de la ville et ton lit semble confortable.

- Et t’es du genre à rester pour le petit déjeuner?

- Je mange pas le matin.

- Tu vas me rappeler après?

- …Je sais pas encore, ça dépend de la suite de la nuit…

- De comment je baise ?

- Et de si tu suces. Et comment.

- Je suce jamais le premier soir. 

- Et le deuxième?

- Plutôt le troisième, sauf si t’as vraiment assuré avant. Et sauf si toi tu y vas en premier.

- Je descends toujours le premier soir. C’est le seul domaine dans lequel je suis sûr d’assurer même avec un meuf que je connais pas.

- Je sais pas encore si c’est bon signe, mais on verra…

- Que je te rappelle dépendra aussi de ton empressement à être affectueuse. J’aime pas le filles affectueuses dès les premières heures de relation. 

- J’aime pas l’affection des mecs qui connaissent pas mon nom de famille.

- C’est quoi ton nom de famille?

-Je te le dirai quand j’aurai envie d’être affectueuse avec toi. Tu veux une meuf à présenter à ta mère, une meuf que tu peux rappeler pour lui mettre un coup occasionnel, ou une meuf que tu ne verras plus jamais?

- Tu me l’as pas déjà demandé, ça?

- Pas vraiment. Je te demande ce que tu veux dans l’absolu, pas avec moi spécifiquement.

- Oh, tu sais, moi, dans la vie, je veux juste être heureux…

- Donc j’entendrai plus jamais parler de toi après demain matin?

- Peut être que si, j’en sais rien…

- Donc tu veux bien d’un PQR, surtout pas d’une petite amie?

- Je veux surtout pas que tu t’imagines que quand je partirai d’ici, je serai ton mec.

- Et toi ne t’imagine pas que je veuille que tu sois mon mec. Pour l’instant, tout ce que je sais de toi, c’est que t’as une belle gueule, que t’habites dans un quartier pourri et que tu fréquentes mon bar préféré. Oh, et que tu as du goût en matière de musique, à en juger par ton t-shirt, mais aucun en matière de mode, à en juger par ton t-shirt. Pour l’instant, rien ne justifie que je te présente à mes copines. Détends toi, tu devras te mettre à flipper que si tu t’avères être génial. Tant que je te vois comme moyen, j’ai juste envie que tu me mettes un coup vite fait.

- Je sais pas encore si tu me plais ou si tu m’horripiles.

- Tu m’updateras?

- T’as des capotes?

- Oui, sur la table de chevet.

- Tu me plais.

- T’as intérêt à me rappeler.

- On va baiser d’abord.

Ils vécurent heureux pendant au moins trois semaines.

mai 10th, 2012

Ni sale, ni pute, ni soumise, ni complètement conne

Cet article a été écrit pour captcha mag et publié le 09/05/2012

Je pense que je pourrais être un avocat.
Je parle de la profession, pas du légume riche en vitamine E dont la purée se marie parfaitement avec les nachos.

Je me permets cette arrogance, parce que je m’apprête à effectuer un exercice un peu compliqué : défendre un mec dont je suis pas fan contre un groupe de personnes censées représenter des idées que je défends.

Mais bon, là je trouve qu’elles sont complètement à côté de leurs pompes et parce que je pourrais être une bonne avocate, je vais expliquer pourquoi.

Vous avez déjà lu Lolita de Nabokov*? Moi oui, plusieurs fois. Les textes d’amour qu’on y trouve sont parmi les plus bouleversants de la littérature américaine de l’époque. La poésie, la tendresse, l’intelligence de la prose, tout me troue le cul à chaque fois, et je relis ces passages comme je réécoute certains lives de woodstock : avec la sensation d’assister avec 40 ans de retard, à une révolution multicolore, un bouleversement météorologique arc-en-ciel pour tout le monde. Les textes de Nabokov tabassent des culs.
Les textes dont je vous parle, pour ceux qui l’ignorent, décrivent l’amour d’un quadra pour une petite fille de 12 ans. Il ne l’aime pas comme un papa aime sa fifille. Il l’aime comme un homme de 40 ans aime une femme. Il y est question d’érotisme et de sensualité et d’amour et de désir et de passion, et peut être d’idôlatrie. De magnifiques textes placés dans la bouche d’un personnage pédophile. Donc criminel. Donc odieux.

Un roman à la postérité mondiale. Adapté au cinéma, à plusieurs reprises, et toujours avec talent. Le surnom de Lolita, lui-même, est devenu un mot, un terme générique pour décrire les femmes enfants, les aguicheuses ingénues, les allumeuses prépubères…
S’il y avait eu des Ni putes ni soumises à l’époque, elles auraient interdit la publication du livre? Elles auraient surement tenté de faire enfermer et chimiquement castrer cet enfoiré de Nabokov. Aurait-ce été une perte tragique pour l’Histoire de l’Art (englobant littérature, cinéma et photographie) du 20ème siècle? Je crois que oui.

Sans aller jusqu’à comparer l’indiscutable talent d’Orelsan au génie de Nabokov, je conseillerais à toute la partie civile de lire le roman et de méditer sur la question. Ou juste de réfléchir, deux trois secondes.

Les pédophiles n’ont pas attendu (et souvent pas lu ) Nabokov et les mysogines et les violences conjugales n’ont pas entendu les paroles d’Orelsan.
Les paroles d’Orelsan sont elles violentes? Oui, bien sûr, à fond, elles sont méchantes, vilaines, pas jolies. Je les trouve super fortes, et je trouve que quand même, il a du style le bâtard.

Alors les meufs, je me dénonce. La dernière fois que j’ai constaté que j’étais cocue, j’ai tenu et écrit des propos d’une rare violence. J’ai souhaité et promis la mort de celui que j’aimais, dans les conditions les plus hardcores et les plus violentes que l’on peut imaginer. Je lui ai souhaité de se briser tous les membres du corps et j’ai promis de faire subir à son membre masculin (celui par lequel il avait pêché) des sévices qu’aucun film d’horreur de série Z n’a jamais osé montrer (il était question de petite cuiller, de rouleau à patisserie, d’aiguilles, d’allumettes, de mes talons aiguilles 12cm et de scalpel… bref). Est ce que j’ai incité à la haine quand je lui ai dit que je lui referais le portrait au chalumeau s’il ramenait encore une seule fois sa sale gueule de traitre dans le quartier? Est-ce que ça fait de moi une sexiste d’avoir eu envie de le voir souffrir sa race (mais de ne rien avoir fait dans ce sens)? Comme le dit Despentes, « dans le texte d’Orelsan, il n’y a aucun rapport de genre, c’est vraiment amoureux ». À aucun moment, il ne dit quelque chose de l’ordre de « tu es une femme donc tu dois souffrir, pour ton infidélité ». Un bourreau est un bourreau, un coeur brisé n’a pas de genre. 

Oui, c’est un truc qui arrive. Être cocu, d’une part, et avoir des envies de meurtre quand on le découvre, aussi. Alors si le morceau met en scène un mec qui découvre qu’il est cocu, on peut comprendre que sa réaction soit violente. Et puis des menaces… quand elles sont proférées par un personnage fictif à un autre personnage fictif, je crois qu’on peut rester calmes.

Non seulement les paroles d’Orelsan ne me semblent pas inciter à la violence, mais j’ai tendance à penser que l’on trouve du réconfort dans la douleur des autres. Si à l’époque de mes cornes j’avais entendu ce morceau, je me serais peut être dit “ah ouais, c’est vrai, je suis pas la première connasse à qui ça arrive, en fait, c’est même pas original, et même que tout le monde en chie. C’est révoltant, mais c’est pas exceptionnel, et même que je vais m’en remettre”. Oui, je trouve que la violence de sa haine de cocu est plus appaisante que la merde chialante de Vitaa, que pourtant, personne ne vient emmerder.

Qu’on accuse les pubs de sexisme, qu’on accuse la télé, le cinéma, le système tout entier, mais sérieusement, on peut pas foutre la paix aux rappeurs trois secondes? Booba fait de la merde en tube et traîte des meufs de biatch à longueurs de morceau parce qu’il est pas revenu de cette idée que traiter les meufs de pute ça fait “grosse bite”, et là non plus, personne ne l’emmerde. Le texte d’Orelsan est bon. Pas génial, mais bon. C’est la raison pour laquelle la violence de ses propos dérange, elle percute, on se prend ce texte dans la gueule, et il a pas été écrit pour qu’on le lise à table au cours de repas de famille. Ok.

Le propre de l’art, c’est pas de faire plaisir à mémé. Si un texte te remue, te bouscule ou te dérange, c’est pas qu’il incite à la haine, c’est juste qu’il est bon.

A quoi ressemblerait un paysage artistique où l’on ne doit pas prendre le risque de choquer? Facile : on aurait que Jeff Koons et Murakami au Louvre, le jury de The Voice comme seuls chanteurs autorisés (avec Vitaa), Les Choristes seraient encore au Box Office et les téléfilms d’M6 seraient diffusés en boucle sur toutes les chaînes du monde (et peut être, Vitaa jouerait dedans). Nos bibliothèques seraient remplies de romans de Lévy et de Musso. On ne mangerait que des pâtes avec du concentré de tomate et du fromage au lait pastheurisé. Et moi, je me pendrais.

Je sais que ce collectif a un rôle important à jouer, je sais qu’il est utile, notamment dans les cités, et jamais je ne remettrais en question le bien fondé de leur existence même.
J’en ai marre d’être assimilée « chienne de garde vénère prête à montrer les crocs dès qu’une bite s’approche ». Mais face à l’inutilité de votre colère, je ne peux comprendre les raccourcis qui sont faits entre « féminisme » et « cruel manque de discernement ».  Et croyez moi, j’ai toujours eu tendance à être de votre côté.
Les fiiiiiiiiilllles! Le sexisme, c’est un truc qui existe en vrai, dans la vraie vie, concrètement, tous les jours. Vous voulez pas aller le chasser là où il se trouve, plutôt que de l’inventer là où il n’est pas?
Merci.
Signé : une féministe ni pute, ni soumise, ni complètement réac.

* J’ai choisi Nabokov. J’aurais pû parler de Céline, xénophobe et génial, de Bukowski, sexiste et immortel, de Fante, raciste et parfait, de Sade, pervers et révolutionnaire… et j’en passe…

mai 8th, 2012

Détourne toi!

Nan mais à quel point t’es sûr d’être gay? 

Je veux dire, ils ont déjà Wentworth Miller, Ricky Martin, Jean Marc Barr, Gourcuff et Gérald des G Squad, ils sont pas obligés de t’avoir toi!

Est ce que tu t’es déjà tapé une meuf?

Ouais, mais  ça compte pas quand on a 15 ans, moi aussi quand j’avais 15 ans je m’emmerdais au pieu… Et puis pour sa défense, une ado de 15ans qui sait manier la bite, c’est rare! Et malsain! 

Et puis t’as jamais testé avec moi, je te jure que tu vas kiffer. En tout cas, je te jure que je vais kiffer, et t’as trop la tête d’un mec qui aime faire plaisir.

Nan, mais quand tu dis “c’est mort” tu veux dire “s’il ne restait que nous deux sur Terre, je me taperai des gorillles” ou mort “repose moi la question dans trois pintes et deux bons arguments” ?

Bon, et si on disait qu’on faisait ça dans le noir…? Ou bien tu fermes les yeux et t’imagines que je suis Hugh Jackman, en plus je fais trop bien l’accent anglais!

Et si je porte une veste à épaulettes pendant qu’on le fait? Ca me donnera une carrure virile!

En plus, j’ai failli m’épiler les jambes avant de sortir, et j’ai eu la flemme, c’est trop un signe, non?

Allez, quoi…

avril 30th, 2012

Man vs God

Quelqu’un de très intelligent a dit “Le Pen a gagné la droite. Le résultat final des élections ne m’intéresse guère”.

Je me suis toujours dit que ça devait être génial de croire en Dieu. N’importe quel dieu. Se dire que toute cette merde a un sens. Que tout n’est pas vain. Supporter l’idée de la mort, le deuil, la maladie, la souffrance physique et morale, les injustices, en se répétant que les derniers seront les premiers, que de l’autre côté, tout sera plus juste, tout sera payé et récompensé. “Mais non, c’est pas la merde, Dieu a un plan”. J’aimerais bien.

Depuis le début de la campagne, je me dis la même chose pour les hommes politiques. Ca doit être vachement pratique d’être derrière un parti comme le FN ou l’UMP. Avoir intégré des dogmes qu’on ne remet pas en question, même si la science, la logique, le bon sens, tout vient contredire le bien fondé de ces croyances, on s’y cramponne, on y est bien.

Moi je crois à la dérision. Pas parce que ça va nous sauver ou nous empêcher de tous crever comme des clébards, mais parce que ça évite d’y penser.

Pour cette raison, et histoire de ne pas pleurer, je médite à des choses moins sérieuses : le plus fort, c’est Dieu ou l’Homme?

1) Truc cools

Dieu a inventé la lueur de l’aube. L’Homme a inventé les macarons à la fleur d’oranger.

Dieu a créé l’odeur après la pluie. L’Homme a inventé les micro-ondes.

Dieu a inventé le THC, l’Homme a inventé les longues feuilles et les bangs.

Dieu a inventé la mer et les tropiques. L’Homme a inventé le Vieil Homme et la Mer.

Dieu a inventé le bruit du vent dans les feuilles des arbres. L’Homme a inventé la musique.

Dieu a inventé le houblon. L’Homme a inventé la Kaastel Rouge.

Dieu a créé le désir. L’Homme a inventé le porno.

Dieu a créé Pharell Williams. L’Homme a inventé les tampax.

Dieu a créé la barbe. L’Homme a inventé tumblr.

Dieu a créé le cacao. L’Homme a inventé le nutella.


2) Trucs pas cools


Dieu a créé la cellulite. L’Homme a inventé les complexes.

Dieu a créé les araignées. L’Homme a inventé les pesticides.

Dieu a créé les poils pubiens. L’Homme a inventé la pédophilie.

Dieu a créé les connards. L’Homme a inventé le mariage.

Dieu a créé le Pétrole. L’Homme a créé les marées noires.

Dieu a créé Marine Le Pen. L’Homme a voté pour elle.

Dieu a créé l’Homme. L’Homme a inventé Dieu. 

La boucle est bouclée.

On va tous crever!!!!!!

avril 26th, 2012

Soyez chic!

J’ai décidé …

de populariser le hashtag  #CuteEnoughToComeOnMyFace.

Bon, c’est un peu une blague, je suis prête pour le flop, mais allez, quoi, ce serait marrant. Du coup, tu peux le hashtaguer sur ton twitter, ou ton tumblr, ou sur Facebook. 


Et si tu ne comprends pas de quoi je parle, je me permets de te renvoyer à mon tout dernier post 

Si toi aussi tu veux plus du bogoss dans le porno (ou si tu trouve ma revendication légitime), joins-toi à moi. Allez, rejoins nous!

Bisous!

avril 24th, 2012

For the ladies?

Cet article a été écrit pour le site de Captcha Magazine et paru le 23/04/12.

J’ai toujours été fascinée par le porno. Je l’ai été avant même d’être capable de ressentir le moindre désir pour ces corps trop musclés, trop épilés, trop cambrés. Je l’étais déjà quand mon fantasme le plus sauvage était de me faire embrasser sur la bouche avec la langue par le chanteur de mon groupe préféré (je ne dirai pas de quel groupe il s’agissait, j’assume beaucoup plus ma fascination pour le porno que mes goûts musicaux d’adolescente…).

Depuis quelque temps, j’entends beaucoup parler de “porno féminin”, de “porno féministe”, ou encore de “porno pour les femmes”. À la base, j’ai tendance à montrer les canines dès qu’on m’explique qu’il y a des choses que j’aime plus ou moins que les hommes, a fortiori lorsqu’il s’agit de sexualité. Donc de porno.
Mais depuis le temps qu’on entend féministes et cathos nous expliquer que le porno c’est le mal et que les femmes y sont exploitées et que même c’est à cause de ça qu’il y a des viols… Il était naturel que je me penche sérieusement sur cette question du porno pour nanas.

J’avais déjà entendu parler des pornos de Lars Von Trier et du Pussy Power Manifesto, je connaissais un peu le travail d’Ovidie, dont je n’étais absolument pas fan (mais je reviendrai là dessus).
Mais je parvenais à trouver de quoi stimuler mon imagination libidineuse sans avoir à trop creuser. Un film porno n’en vaut pas un autre, que ce soit en matière de qualité de jeu, de la réalisation, du scénario ou des pratiques sexuelles montrées.
C’est pourquoi, tout en étant parfaitement consciente de la masculinité de cette industrie, je ne voyais pas l’urgence d’un porno « à destination des femmes ».

Cette question a commencé à me préoccuper quand j’ai découvert la section “ladies choice” sur un de mes tubers favoris. Comme une idiote, je me suis imaginé qu’il suffirait que je clique là dessus pour trouver immédiatement une présélection de vidéos qui me comblerait. J’ai cliqué, donc.
Première surprise, les films sont plutôt très différents les uns les autres. Même si ce sont toujours à peu près les mêmes tags qui ressortent ( Lesbiennes, threesome (deux mecs une nana et deux nanas un mec), Femdom, teen et gang bang, principalement), entre la dominatrice qui fait suffoquer un mec entre ses cuisses et la teen qui se fait gang banguer jusqu’au sang par des anacondas, on a le choix. Alors moi, scribouillarde empirique qui se base bien davantage sur son ressenti et son expérience que sur des études, sondages, expériences scientifiques et scanners neurologiques, je suis surprise de constater que parmi cette sélection, je trouve moins de films susceptibles de me faire danser dans la culotte que si je m’en étais tenue à la page d’accueil…
Etrange… ne serais-je donc pas une Lady?
Tant pis, je continue à jouer du petit doigt sur les newest videos.

Un jour, un ancien amant et moi discutons fantasmes, branlette, et plans à plusieurs. On décide de se montrer mutuellement nos pornos “préférés”. C’est moi qui commence. Toute excitée, je lui montre les films qui m’ont donné mes derniers orgasmes solo…  À l’époque, je ne fais pas preuve de beaucoup d’imagination. Je me contente de taper #teen ( pour faciliter le processus d’identification, j’ai environ le même âge que les acteurs et actrices teens) et d’éviter les tags “daddy”, “brother” “little sister” ou d’une manière plus générale, #incest. J’évite aussi les mégaproductions à la Dorcel, qui ne me font plus mouiller depuis que j’ai 18 ans. Bref, je montre du teen amat à chéri.
Il est consterné. Les films que je lui présente sont tellement loin de notre quotidien sexuel, il trouve ça bof, le son est mauvais et la fille n’est même pas un top model.

Très bien, mec, montre moi ce qui te fait bander. Et monsieur de me faire découvrir X-Art. Pour ceux qui ne connaissent pas, qui sont au travail ou qui ont la flemme d’ouvrir l’hyperlien, le délire d’X-Art, c’est des teens hyper épilées, en culotte de coton blanc, qui se lèchent les tétons entre copines sous la douche ou font l’amour à leur petit copain, sur la plage, au coucher du soleil, sur fond de musique de pub pour shampoing..
Dans un premier temps, je lui dis que s’il veut se branler sur les Frères Scott, ça passe sur Tf1 et ça ne nécessite aucun abonnement.

Bon, c’est vrai qu’elles sont jolies ces trois petites gouines dans les draps de leur chambre d’hôtel californienne, à se toucher mutuellement la chatte comme elles se feraient des nattes, “tombons la nuisette et doigtons nous entre copines, comme dans vos fantasmes de puceau attardé les plus conventionnels”. Ca m’énerve un peu, j’ai envie de leur dire “assumez les gars, vous faites du porno, vous filmez des pénétrations en gros plan, pour que les gens se branlent dessus, arrêtez d’esthétiser la trivialité et le fapfapfap!” Mais je sais que toutes les perversions sont dans la nature, même les plus chiantes, alors je cours m’épiler le ticket de métro et je pardonne.
Je me renseigne un peu sur le site, ses consommateurs et ce qu’on en dit, je parcours les discussions sur différents forums spécialisés. Je constate que la part de couples et de nanas, lesbiennes ou hétéros, qui sont abonnés à ce site, ou qui en aiment les films, est plus élevée que sur la plupart de mes autres sites habituels.
Donc, dans ce cas précis, les rôles traditionnels du mateur porno selon les genres sont plutôt bousculés : mon boo, mis sur le cul par l’agressivité sexuelle des acteurs qui me font rêver, et moi, qui baille devant ce qui me semble être une pub pour parfum avec juste un peu de sperme dedans.

Après m’avoir fait sourire, tout ça me perturbe. Suis-je à ce point dérangée de la culotte, que ni les ladies choice, ni le beautiful erotica d’X-Art ne m’intéressent?

Quelques temps plus tard, autre amant, autre conflit : je n’ai pas tellement évolué depuis la dernière fois. Mais mon nouvel amant est sexuellement plus évolué (à mon goût) que le précédent. Même indifférence consternée quand je lui montre mes sex teen movies. Mais meilleure argumentation : impossible pour lui de s’identifier au mec qui tringle la fille quand la fille a à ce point le look de la teen de film porno, quelque part entre l’innocence en chaussettes blanches et la culotte trouée en vinyle. Pas crédible, donc pas excitant. Discutable, mais j’accepte.

Il me montre alors ce site lesbien : Abby Winters. Moi, le porno lesbien, j’aime bien, mais 5 minutes. Là, je me laisse prendre. Je me surprends même à prendre plaisir à mater des meufs qui ne me plaisent pas. Je mets un moment à comprendre pourquoi. Et puis ça m’apparaît : les filles d’Abby Winters ne simulent pas. Elles ne font pas un porno à destination des hommes, pour les rassurer qu’on ne peut jouir qu’en se mettant des godes au fond de la chatte (mais oui, ne vous en faites pas, votre bite est indispensable, le clitoris et le point G sont des inventions des gouines et des féministes, aucun orgasme n’est possible sans objet phallique, ménon ménon ménon). Elles sont là pour prendre leur pied, pour du vrai, et de tout un tas de façons différentes. J’ai l’impression de voir des vrais orgasmes pour la première fois de ma vie. Et ça me rassure énormément sur ma propre façon de jouir : elles ne hurlent pas comme si elles étaient en train de se faire amputer de la jambe gauche, et au lieu d’avoir des expressions de souffrance ou des regards langoureux pour la caméra (complètement tue-la-crédibilité ces regards), elles font des grimaces grotesques, exactement le genre de grimace que je pense faire (me suis jamais vue jouir à l’écran). Bref, je crois à leur orgasme. Et leurs orgasmes appellent les miens.
Jusque là, je ne m’étais jamais tellement posé la question. Moi la crédibilité dans le porno, j’en ai fais mon deuil depuis longtemps. Mais je dois bien avouer qu’il est difficile de s’approprier le plaisir d’une nymphette dont les yeux se révulsent au moindre frôlement de têton. Alors oui, je le dis, je l’affirme et je revendique cette position (sans mauvais jeu de mot) : les filles qui jouissent pour du vrai, c’est trop beau. Même si elles ont des poils, du bide ou de la cellulite (autre chose que je salue chez Abby Winters, c’est la diversité parmis les actrices. Diversité, d’âge, de morphologie, de couleur et d’ethnicité. Moins complexant que le moule “gros cul, grosse bouche, gros nichons”).

Je décide, quelques mois plus tard, de m’intéresser au porno hétérosexuel, fait par des femmes, pour des femmes. Je commence par Ovidie. Bon, j’ai rien contre cette dame, elle ne dit pas que des conneries. Mais à part les titres géniaux de certains films dans lesquels elle joue ( “la doctoresse a des gros seins”, “Sotopaf et Sacapine”…) je trouve que son porno est plutôt chiant, peu excitant (mais les goûts, les couleurs, les tailles et les formes ne se discutent pas) les scénarios (qui jouent un rôle très important dans ses films) assez bâteaux. ( Et puis, bon, faire du féminisme chez Dorcel, mais je me lol dessus, quoi! ). Le fait qu’elle exige le port de la capote, pour elle et ses acteurs, ne me dérange pas, même si je comprends que ça en fasse débander certains (tant pis pour eux!). Porno majoritairement hétéro, mais on a bien sûr des scènes d’orgie et du sexe lesbien. Elle ne s’embarrasse pas de beauté, d’esthétique ou de jolies lumières. C’est un parti pris de sa part, le porno doit s’assumer comme média cheap, toujours réalisé dans l’urgence. Bon…

Et puis il y a le porno d’Erika Lust et les Lust Films Productions (assez difficile à mater sans payer, mais il y a toujours des moyens). On est à peu près dans le même concept : pour plaire aux femmes, il faut une situation initiale béton, dire simplement “c’est un couple, ils baisent” ne suffit pas, on te pose un vrai contexte. Toujours, beaucoup de tendresse et de bisous entre les acteurs, qui sont généralement très beaux (pas seulement les nanas, les mecs aussi sont des beaux gosses, et ça, je +1). L’esthétique est plus travaillée, l’image plus belle, plus pro, plus arty. Là aussi, le sexe est majoritairement hétéro, mais on a un peu de lesbien et des plans à plusieurs (plus rare que chez Ovidie, cependant).

Points communs entre ces deux pornos “par des femmes pour des femmes” (bien qu’Ovidie revendique la volonté d’un porno égalitaire, et non “pour les femmes”, les deux réalisatrices/productrices se réclament d’un porno “féministe”)

- Pas d’éjacs faciales
- Pas de gros plans
- Pas de violence, jamais.
- Je m’emmerde

Ok, on va peut être me dire que je suis une minorité parmi la minorité, que la plupart des femmes qui aiment le porno aiment ce type de porno respectueux de la santé, de l’hygiène, des bonnes moeurs et des grands-parents.

Mais je n’y peux rien, ce qui m’excite n’est pas forcément ce que je trouve raisonnable ou respectueux. Ce qui me bouleverse n’est pas forcément bienveillant ou pacifique. Ce qui me fait mouiller n’est pas forcément à base de bisous et de câlinous. Si je veux des bisous et des câlinous, je mets mon pilou, j’appelle mes copines ou mon PCR (Plan Câlin Régulier, un nouveau concept que j’ai inventé et dont je vous parlerai bientôt, si vous êtes sages). Si je mate du porno, c’est qu’à priori, j’ai envie d’avoir un orgasme bête et méchant et rapide, pas de vivre une expérience émotionnelle intense (partant du postulat que le plaisir sexuel n’est pas une émotion).
L’absence de gros plans m’emmerde, les baisers et les caresses me distraient.
Je peux tout à fait comprendre que cela plaise à certaines personnes, hommes ou femmes, encore une fois, l’excitation n’a rien de rationnel ou d’universel, c’est une question de personne et de moment.

Mais pour ces mêmes raisons, ça m’énerve que l’on vienne me dire qu’en tant que femme, je ne serai pas capable de kiffer voir une bonne vieille éjac faciale. Au lieu de me mettre à l’aise, ce porno féminin me pousse à me demander si ma façon de désirer, d’être excitée et de jouir toute seule est étrange, anormale, tordue, misogyne…! Est ce que je déteste les femmes? (non, les meufs, je vous kiffe!)
Je trouve très bien que des personnes essaient de faire du porno alternatif, plus beau, différent de ce que l’on trouve déjà facilement partout. Je suis pour un maximum de diversité pornographique pour que chaque perversion, fétishisme, bizarrerie et préférence sexuelle trouve son exutoire. Mais qu’on ne vienne pas me dire que parce que je suis une femme, je vais préférer la douceur, une jolie histoire avec des sentiments dedans et un mariage à la fin! C’est anti-féministe, moralisateur et complexant.

C’est grâce à des discussions et une petite enquête informelle menée par moi-même que j’ai pu être rassurée sur la bonne santé de mon cerveau : je suis dérangée, comme tout le monde. Non, toutes les femmes n’aiment pas la douceur ou la tendresse dans le porno, oui, certaines nanas trouvent qu’une triple éjac faciale, c’est beau, c’est sale c’est excitant, comme des toilettes de boîte de nuit, comme un hôtel de bord d’autoroute en plein après-midi, on ne veut pas en parler à maman, mais on peut pas s’empêcher d’avoir le coeur qui bat et le bas ventre qui crie « à taaaaaable ».
Oui, certaines nanas (toutes celles que j’ai interrogées) pensent qu’un bon porno c’est un porno avec quelques gros plans. Désolée, mais pour ce truc masturbatoire et mécanique qu’est l’onanisme, la pensée primaire bestiale et orgasmique de base, c’est quand même “PENIS DANS VAGIN”, “BITE DANS CHATTE”, “pénétration” “bam bam bam”. Je me branle pas sur des caresses dans les cheveux. C’est comme ça.

Et PEUT ÊTRE que ça me fait mouiller la culotte aussi de voir des nanas se faire malmener, se prendre des fessées et se faire tirer les cheveux. Ce qui explique le succès hallucinant d’un James Deen (mon PQR dans ma tête. Très très R d’ailleurs) au près du public porno féminin. Il y a des mecs qui aiment la douceur dans le sexe et des filles qui aiment que ce soit pas gentil-gentil. Et des personnes qui aiment juste pouvoir varier les plaisirs et ne pas toujours se pogner sur le même schéma de rapports sexuels. Un porno propre et poli va me demander plus qu’un bon rabbit!

Sur les tubers, on trouve des pornos où l’on voit des petites filles de dessins animés se faire torturer par des monstres à 30 bites, des vieux fermiers moustachus se taper taper des grosses blondes avec des couettes qui les appellent “tonton”, des vieilles dames qui enlèvent leur dentier pour se faire prendre en gang bang par des petits jeunes maigrichons, des personnes se faire promener en laisse et marcher dessus, et des hommes qui éjaculent en se faisant sucer les doigts de pieds. Il y aurait donc autant de variétés de fantasmes chez les hommes, et une seule façon de se branler au féminin?

Je concluerai en énonçant deux faits qui me manquent dans le porno, en tant que femme qui aime le sexe avec les hommes.
Comme je l’ai dit plus haut, il y a la rareté des orgasmes réels qui m’attriste quelque peu. Voir des vrais orgasmes féminins est au final assez rare, et ça me manque. Quitte à ce que la montée soit plus lente, quitte à ce que la dame soit silencieuse les 10 premières minutes de l’action. Mais que son orgasme soit vrai, qu’elle rougisse, qu’elle transpire, qu’elle ait les jambes qui tremblent et le souffle court! Comme moi.
L’érotisation du corps de l’homme fait défaut. Je ne peux pas compter le nombre de pornos où la femme est filmée sous tous les angles avant qu’un homme ne fasse son apparition dans le champs. “Et regarde mon cul bombé, et regarde mes seins pleins, avec lesquels je joue nonchalamment en regardant l’objectif comme une petite fille demeurée. Et regarde ma chatte toute rose et à peine fatiguée. Vérifie que je suis bien conforme de la bonnasse de partout avant de rêver que tu m’éjacule dans la cambrure”. Tout ça ne me dérange pas. Mais de temps en temps, j’aimerais pouvoir admirer le cul de l’acteur, pouvoir bien lui mater la bite avant de la voir en action, le voir se masturber en me regardant comme le gréviste de la faim regarde le big mac. Or, je ne peux trouver ce genre de poses que dans du porno gay. Moi (et mes copines aussi) on voudrait pouvoir mater du poilu qui sent la sueur et la bière se tirer sur la grosse nouille jusqu’à presque l’orgasme, avant qu’une starlette ne vienne s’empaler sur lui. On voudrait qu’on nous vende un peu la bête avant qu’on lui jouisse dessus.

Moi, ces derniers temps, le tag que j’utilise à presque toutes les reprises, c’est #JamesDeen (oui, encore lui). Et quand je tape des noms d’actrices, c’est pour retrouver une scène tournée avec lui. La seule chose qui me manque vraiment dans le porno, c’est un choix par catalogue d’acteurs bogosses qui me font rêver. Les mecs hétéros ont des milliers de noms d’actrices surbonnes à taper en fonction de leur préférences. Aucun hashtag #GoodLookingGuy
#BoyNextDoor #CuteEnoughToComeOnMyFace… Et c’est bien dommage!
A bon entendeur… Je vais acheter des piles!

avril 22nd, 2012

- Il fait quel temps dehors?

- Comment veux tu que je le sache?

- En ouvrant les rideaux

- T’es sure de vouloir savoir?

- … Non, pas tout de suite. On le découvrira quand on sortira.

- Et on sortira quand?

- Quand on aura plus de clopes.

Des conversations qui n'auront jamais lieu, des magazines qui n'existent pas, des indignations et un peu de poésie. Cultural studies, porno et féminisme. Sex drogue and shoe gaze. Amour et perte de temps. Tu ne le sais pas encore, mais tu m'aimes déjà.

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