Vous regardez Girls? Cette série américaine que l’on compare beaucoup (et à tort) à Sex and the City ?
Si non, sachez que vous devriez (mais vous pouvez quand même rester, votre compréhension de ce qui suit ne s’en trouvera aucunement altérée).
Si oui, vous avez du voir cet épisode où Hannah se ramasse un putain de beau gosse de divorcé et passe 24h de rêve cloîtrée dans son appart.
Je repose un peu le décor : Hannah, 24 ans, rencontre un homme, beau gosse, médecin, la quarantaine bien entamée, se retrouve chez lui pour X raison et dans la demi-heure qui suit leur rencontre, ils s’enlèvent la culotte. Comme l’un et l’autre trouvent ça plutôt plaisant, ils décident de poursuivre toute la nuit et le jour suivant (le doc pose un congé pour l’occasion) et la nuit d’après. Oui, comme ça, ça ressemble juste à un putain de coup d’un ou deux soirs (genre dans le top 5 des meilleurs de ta vie), plutôt courant dans des séries de l’acabit de Girls.
Oui, sauf que…
Le beau gosse en question était incarné à l’écran par Patrick Wilson. Le personnage d’Hannah, est incarné par Lena Dunham (qui est aussi auteure et productrice de la série).

#chaleur
Suite à cet épisode super sexy, des réactions pour le moins moqueuses et déplaisantes se sont propagées sur la toile, via twitter (toujours là!) et certains blogs.
Pour résumer les propos : une petite grosse, ça peut pas se taper un beau-gosse. La meuf, elle a juste oublié d’être réaliste au moment de l’écriture, ou bien elle s’est pas bien regardée et comme elle est productrice personne n’ose lui dire que ça tient pas debout. Dans la vraie vie, jamais ce mec là il aurait voulu d’elle.
Ca m’a beaucoup fait réfléchir…
Quand j’ai vu l’épisode, au moment de sa sortie (il y a 2 mois… Oh, ça va, hein, si vous voulez du plus frais, allez sur Jezebel et laissez-moi tranquille! (mais revenez, quand même)), je me souviens avoir pensé “C’est cool, quand t’as 25 ans, c’est facile de baiser à tout va, même si t’as pas un physique facile. La jeunesse, c’est mieux que la beauté.”
Dans ma tête, il était évident qu’il ne se la tapait pas parce qu’il l’avait trouvée charmante, ou drôle ou surprenante ou touchante (tout ce qu’est le personnage d’Hannah), mais parce qu’elle a un cul de 24 ans et qu’il en a une vingtaine de plus. C’était la différence d’âge qui rendait l’histoire crédible à mes yeux.
C’est plusieurs jours après, en lisant la quantité de réactions insultantes, que j’ai réalisé que ma façon de penser était consternante.
Comme une bleue, j’ai fini par accepter que la beauté est unique et que les hommes dans leur grande diversité ne sont tous attirés que par la femme L’Oréal. Et c’est super dommage parce que la femme L’Oréal, c’est quand-même pas la majorité des femmes…
Mais alors quoi? Ca veut dire que les hommes ne baisent les “vraies” femmes que par défaut? Si moi, mes copines et le reste de la ville nous trouvons des partenaires sexuels, c’est uniquement parce qu’il n’y a pas assez de femmes L’Oréal pour tout le monde? Moi, mes copines et le reste de la ville ne sommes que lots de consolation pour tous les mecs qui ne sont pas Jay-Z ou Chris Brown ou Orlando Blum? Les hommes ne nous baisent-ils qu’à défaut d’avoir trouvé plus bonnes?
On connaît tou(te)s des nanas au physique moyen qui ramassent plus que Charlie Sheen (non?). Moi j’en connais en tout cas. Même parmi mes copines (et j’espère qu’elle ne prendra pas mal le “physique moyen”… voire qu’elle ne se reconnaîtra pas).
Une lectrice, que j’appellerai Tarte, a longtemps complexé sur son physique, qu’elle jugeait ingrat, et était du genre à dissimuler son corps et à se la jouer bonhomme parce qu’il lui était évident qu’elle n’avait pas sa place parmi les “filles filles”. Jusqu’au jour où elle pécho le plus beau mec de la classe, sous le nez des mignonnes. Quelque temps plus tard, elle se met à porter “des robes, des décolletés et du maquillage”. En gros, elle comprend que la féminité n’est pas réservée aux meuf sous contrat avec Elite. Et elle ramasse. Je la cite : “je reste persuadée que quand tu es un peu moche, petite, grosse ou ce que tu veux, dès l’instant où tu assumes, ça plait.”

Je suis toujours en train d’expliquer que la diversité dans le porno, c’est top trop chouette. Je me demande pourquoi ça me paraît moins évident dès qu’il s’agit de la vraie vie. Je peux admettre que des hommes se branlent sur des #granny, des #milf ou encore des #chubby, mais il m’est encore difficile de croire que l’on puisse préférer quoi que ce soit aux filles L’Oréal. Il m’est encore difficile de croire que le reste de la planète n’est pas forcément “second choix”.
Et apparemment, je ne suis pas la seule.
Un de mes amis/ lecteurs, plutôt beau gosse (coucou, d’ailleurs), m’a parlé de la difficulté que ça avait longtemps été pour lui, au sein de sa bande de potes, d’avouer qu’il n’aimait pas sa copine malgré son poids, mais pour ça (entre autres choses). D’avouer, d’une manière générale que les filles de plus de 70kg lui plaisaient davantage que les mannequins Victoria’s Secret. Il m’a expliqué comment, à chaque fois, il avait l’impression qu’il choquerait moins s’il disait qu’il aimait mettre des coups de latte à sa meuf qu’en avouant qu’il trouvait sexy à mourir des cuisses épaisses et capitonnées. Comme si aimer les “grosses” était la plus vilaine des perversions. Il m’a expliqué que depuis le lycée, il avait l’impression d’être tordu, quand il ne s’excitait pas sur les calendriers FHM ou sur les clips des Pussycat Dolls.
Je me dis que, même s’il a eu du mal à en arriver là, il a quand même fini par assumer ses préférences. Combien de mecs ont un faible pour les bourrelets, les rides ou les seins qui pendent mais vont quand même gueuler plus fort que les autres quand on annonce Beyoncé, de peur d’être rejeté par la meute, d’être considéré comme moins un mâle que les autres…
Je soupçonne Robert de ne pas être le seul…
Cette habitude de toujours foutre une nana AU MOINS aussi désirable que le mec, dans toutes les pubs, les séries et les films, ça entretient cette idée archaïque que si les femmes peuvent être attirées par les qualités intellectuelles, par l’argent, le pouvoir ou les performances sexuelles d’un homme, les hommes, eux, ne tombent amoureux que du physique. Et d’en remettre trois couches aux assignations “mec, réussis ta vie, cultive toi, entretien ta beauté intérieure, gagne plus et mieux que les autres, cours plus vite, pisse plus loin. Meuf, sois belle. Plus belle. Encore plus belle.” On encourage un peu plus la femme à être L’Oréal, à être le plus beau trophée, à être récompense et signe extérieur de réussite. Au lieu de leur dire qu’elles peuvent aussi réussir et séduire des minets pour leurs qualités morales, intellectuelles…
Montrer que des filles dites “moches” peuvent tout aussi bien rentrer avec de l’étalon que les filles dites “bombastiques”, ça contribue(rait) à mettre tout le monde bien à l’aise : non, mec ce n’est pas une tare d’être aussi sensible à l’esprit, l’humour ou le charisme d’une meuf qu’à son rapport nichons/taille/hanches. Ni de trouver qu’il y a du sexy dans les flasque, le poil ou l’asymétrie. Et non, meuf, ce n’est pas parce que ce minet au minois ô combien photogénique te suggère de repasser le voir dans - 25kg que tu devras te contenter pour toujours de ceux qui se sont fait éconduire par la plus belle fille de la soirée.
Les filles ne sont pas toutes Rihanna. Mais comme les mecs ne sont pas tous des abrutis, il y a de l’espoir pour tout le monde.