mars 13th, 2013

Touche pas à mon Porn

Ca a tremblé dans les slibards.
Kartika Tamara Liotard, députée néerlandaise, propose de faire disparaître le porno de la toile. Fini les Dr Tuber, les Youporn et les Dorcels on line. J’en connais 2-3 qui auraient amèrement regretté de s’être débarrassé des cassettes pornos de Papa…

Mais, ouf, le texte visant à interdire pornographie et nudité dans les médias s’est fait jeter comme un malpropre par le parlement européen ( à 368 voix contre 159).

Je ne vais pas entrer dans les détails légaux, auxquels je n’entends rien, ni m’étendre sur le caractère irréalisable de ce projet avorté.

Moi, je voudrais monter sur mon poney blanc pour prendre la défense du porno en tant que média de masse.

Madame Liotard (et des centaines de milliers d’autres) lui reproche de perpétuer des clichés de genre. Je serai hypocrite de nier cet argument en bloc. Mais dans ce cas, il est absolument faux-derche de ne s’en prendre qu’au porno. Parce que, selon moi, le porno est loin d’être le média le plus dangereux en matière d’entretien des clichés sexistes.

- Les films de Katherin Heigl, la chick lit et les films/séries qui en sont tirés me disent que les femmes sont des idiotes qui croient encore au père noël et qui, quelles que soient les choses qu’elles accomplissent dans leur vie, n’ont d’autre objectif que se faire épouser. Projet pour lequel elles ne prennent d’autre initiative que de s’acheter des nouvelles chaussures et croiser très fort leurs doigts manucurés, le cul posé sur un tabouret de bar d’où elles s’épanchent sur lépaule de leur meilleur(e) ami(e) (qui est soit une petite grosse, soit une follasse on ne peut plus cliché).

Youporn me dit que les femmes peuvent aussi être l’anti-thèse de la fleur bleue et être beaucoup plus motivées à palucher plusieurs gros manches à la fois qu’à minauder au bras de papa en marchant jusqu’à l’autel.

- Le type de films et de littérature que je viens de citer (oui Candace Bushnell, Helen Fielding, c’est vous que je regarde) nous explique que

les femmes ne cherchent jamais le sexe comme une fin en soi. Non, ça, c’est le propre du vilain macho, qui ne pense qu’à s’enfiler un maximum de greluches et qui par conséquent, se voit forcé de les baratiner dans toutes les longueurs et de leur faire et leur répéter le numéro du parfait prince super charmant pour qu’elle finisse par consentir à tomber la culotte.

Dr Tuber me dit que la femme peut aussi être lucide, consentante et à l’initiative du rapport sexuel, qui, ici, n’est pas une récompense dispensée par la femme au joli menteur, mais un accord collectif, dont chacun tire satisfaction (d’accord, il y a des exceptions, des ripheroff.com et autres brazzers).

- La presse féminine me dit que personne n’aura jamais envie de me sauter si je ne suis pas fraîche comme un bouton de rose sous la rosée du matin, mince comme une petite somalienne et imberbe comme une petite fille en âge de regarder Bridget Jones.

Fuq.com me dit que je peux être objet de désir et de fantasme avec des poils, de la cellulite, un faux cil sur deux qui se barre et les seins qui pendent encore plus bas que le bide.

- La publicité me dit qu’après 30 ans, je ne suis plus bonne qu’à consommer de la crème anti-ride et du produit d’entretien ménager.

fantasti.cc me dit qu’une partie de la population masculine est exclusivement excitée par les MILFs (et que, par conséquent, j’ai encore de belles heures devant moi)

- MTV me dit que la grande classe pour une gonzesse, c’est d’avoir le privilège d’être choisie par Mr Whathisname BlingBling Daddy BigDick pour frotter mon boule sur ses genoux, me faire éjaculer des petites coupures à la tronche et me prendre ses “bitch” et autres gestes de domination comme un compliment (avec généralement, à ma gauche, un rappeur sur le retour et aux chicots pourris et à ma droite, une beauté fatale et inexpressive de moins de 25 ans).

Xhmaster me dit qu’il y a des gros bras qui aiment se faire enfoncer des objets contendants dans le fondement et se faire mettre des grosses fessées par des nénettes que j’aimerais pas croiser dans le métro..

- L’ensemble des productions pop-culturelles sus-mentionnées me dit qu’il faut choisir son camps, homme ou femme, hétéro ou gay, et s’en tenir aux attitudes stéréotypées que l’on attend de chacune de ces catégories.

Elephantube me dit qu’on peut être terriblement excité par des femmes avec des bites et des hommes avec des vagins, par des femmes qui ne sont ni douces ni passives et des hommes qui n’ont rien du gros macho barbu.

Pour résumer, la pop culture se mord la queue et s’entête à ne montrer qu’un type de rapport de pouvoir homme-femme, mais aussi homme-homme et femme-femme (homme qui aime se faire pénétrer < homme qui pénètre / homme qui aime se faire dominer < mâle dominant / femme de plus de 35 ans < femme de moins de 30 ans / femme qui croit en l’amour < femme qui n’a pas l’intention d’attendre celui-ci).

J’aime le porno parce qu’il est le lieu où les rapports de pouvoir peuvent basculer car ils échappent à la simple représentation sociale. Avec le porno, on est dans la masturbation bête et méchante. Dans la vérité qui dérange. Parce qu’a priori, tout le monde préfèrerait n’être excité que par les images lisses et propres d’X-art. Mais dans la vraie vie, quand on est seul face à son écran et ses dix doigts, ce n’est pas le cerveau qui choisit.

Tu peux être un putain de gros misogyne et bander, malgré toi, à l’idée de te faire gang banguer par une crew d’amazones équipées de godes-ceintures en forme de poings de camionneurs. Tu peux être une putain de féministe et ne rien trouver plus excitant que le ton autoritaire et les insultes franchement sexistes de James Deen (non, je ne reviens pas là dessus, pour tout vous, dire, j’ai même fini par en revenir… )

Je ne nie pas qu’il existe un porno avilissant et que la violence de certaines scènes de certains films envers certain(e)s acteurs/actrices me donne parfois la chair de poule, voire envie de gerber.

Mais dans le porno, comme dans la culture de masse, la seule chose qui peut nous sauver du cliché, c’est la diversité. La multiplicité des représentations de rapports de pouvoir, de valeur et d’échange. Leur renversement, leur trouble, leur pulvérisation. Faire disparaître le porno est une utopie, une grosse blague. En revanche, en produire davantage, en produire mieux, le questionner plus profondément, chercher à en proposer des représentations toujours plus innovantes, en faire varier l’esthétique, tout ça, ça peut rendre service à tout le monde. Aux hommes, aux femmes, aux gouines, aux gays, aux trannys, aux grannys, aux MILFs, aux teens, aux bisexuels, aux omnisexuels et aux wondermasturbators.

Et pour contrer le machisme ou la misogynie du milieu, la solution n’est pas de le faire disparaître; mais d’y riposter des productions féministes et égalitaires. 

Je veux du porno amateur et crade et du porno lisse comme une pub pour du parfum Dior. Je veux du porno arty qui se la joue intello et du porno brutal de gros redneck. Je veux du porno comique et du porno doux. je veux du porno violent et du porno pour adolescents. Je veux du porno underground et du porno mainstream„ le tout accessible gratuitement et en peu de clics. Parce que la seule chose qui est mieux que le porno, c’est plein de pornos.

Tout ça m’a amenée à une déduction très simple : 159 députés européens n’ont pas les bonnes adresses. Envoyez-les moi, j’ai du link à balancer.

 

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  9. clemmiewonder a publié ce billet
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